Biocarburants : Une fausse alternative aux conséquences désastreuses

Oxfam | 14 juin 2023

Les biocarburants sont présentés comme une alternative prometteuse à l'essence ou au diesel dans le secteur des transports. Dans un nouveau rapport financé par la subvention MATS, Oxfam montre une fois de plus l'impact négatif de ces carburants : déforestation, disparition des cultures vivrières, augmentation du prix des denrées alimentaires et, surtout, augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Quiconque possède une voiture et fait le plein en Belgique est indirectement complice de violations des droits de l'homme au Pérou et au Brésil. C'est ce que révèle un nouveau rapport publié par Oxfam Belgique. Il s'appuie sur une étude de 2021 et montre que le bioéthanol contenu dans l'essence en Belgique n'est pas seulement pernicieux pour le climat, mais qu'il viole également les droits de l'homme dans les deux pays étudiés.

La canne à sucre : Une chaîne opaque

Les recherches d'Oxfam portent sur la production de bioéthanol à partir de canne à sucre au Pérou et au Brésil, dont la Belgique a importé dix fois plus en deux ans. La canne à sucre est transformée en bioéthanol après une longue série d'étapes intermédiaires et arrive en Belgique via les Pays-Bas. Au cours de ces étapes intermédiaires, la canne à sucre passe par des entreprises qui peuvent être situées en Arabie Saoudite, en Russie, en Norvège ou en Chine. Ce parcours opaque rend presque impossible la cartographie de toutes les étapes du processus de production. Cela ne nous a pas empêchés de rencontrer des communautés locales proches de la forêt amazonienne qui ressentent directement les effets de cette industrie. Par exemple, les recherches montrent qu'elles ont été déplacées de force pour faire place à des méga plantations de canne à sucre. Au Brésil, cela concerne 8,6 millions d'hectares (deux fois la superficie de la Belgique). En outre, les conditions de travail dans ces plantations sont terribles et l'utilisation massive de produits chimiques menace la santé des travailleurs et des habitants des villages voisins. Les personnes qui ont tenté de dénoncer ces abus ont été menacées physiquement et ont craint pour leur vie

La faim augmente, les décideurs politiques ferment les yeux

Notre envie de rouler en voiture à tout prix est-elle justifiée ? Car alors que, selon l'ONU, 828 millions de personnes souffriront de la faim en 2021 (46 millions de plus qu'en 2020), de précieuses terres agricoles sont utilisées pour produire des biocarburants. Des terres sur lesquelles des cultures vivrières pourraient être produites. Comment justifier la coexistence de ces deux tendances ?

Malgré des directives européennes modifiées qui n'exigent plus l'utilisation de biocarburants, la Belgique insiste sur cette fausse "solution". Par conséquent, le biocarburant est présent dans tous les types d'essence en Belgique. Par ailleurs, les biocarburants sont injustement qualifiés de "zéro émission", car l'établissement de plantations de canne à sucre occupe également des terres naturelles telles que des forêts et des pâturages, qui absorbent autrement le CO2.

Outre leur impact négatif sur le climat, les biocarburants entraînent également une augmentation des prix des denrées alimentaires. Par exemple, la FAO (l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, une agence spécialisée et impartiale qui lutte contre la faim) estime que l'augmentation de la demande de produits agricoles pour la production de biocarburants a entraîné une hausse des prix de 105 %. Les biocarburants menacent ainsi la sécurité alimentaire des personnes les plus touchées par l'insécurité alimentaire.

La Belgique peut montrer l'exemple

Les règles que l'Union européenne a incluses dans ses directives pour protéger les droits de l'homme ne sont pas assez strictes pour empêcher les violations des droits des populations locales. La Belgique peut et doit interdire tous les biocarburants produits sur des terres agricoles, y compris ceux à base de canne à sucre. L'utilisation des biocarburants de deuxième et troisième génération peut être autorisée après une analyse approfondie de leur impact sur l'environnement et les droits de l'homme. Mais si nous voulons nous attaquer à la crise climatique, nous devons également adapter notre mobilité et nos moyens de transport. En commençant par améliorer et augmenter l'offre de transports publics et promouvoir la mobilité douce.

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